- Tranche d’âge
- 11–12 ans
- Langue
- Français
- Détails du livre
- 42 pages
- Liste des chapitres et structure
- 7 chapitres
- Format
- Texte seul
Des contenus pensés pour chaque tranche d'âge
Une carte postale pour Inès
Résumé de l’histoire
Camille vient d'emménager dans une petite ville au bord de la mer. La distance grandit avec sa meilleure amie, tandis qu'un nouvel été commence dans un atelier de vélos.
Premier chapitre gratuit
Le dernier carton
Le ruban adhésif du dernier carton se déchira d'un coup sec. Le carton attendait derrière la porte depuis trois semaines, comme s'il patientait qu'on l'ouvre. Camille le cala sur ses genoux et regarda dedans. Sur le côté, sa mère avait écrit au gros feutre : « CAMILLE – CHAMBRE – INCASSABLE ». Le mot incassable était souligné deux fois, comme si les déménageurs n'y auraient pas cru autrement.
Tout en haut, il y avait les livres. Leurs dos s'appuyaient les uns contre les autres et s'étaient un peu tordus pendant le voyage. Camille les sortit un par un et les aligna par terre. Sur chaque couverture restait la poussière de son ancienne chambre, fine et grise. Elle l'essuya du doigt, puis regretta de l'avoir fait.
Dessous, il y avait une trousse, une pelote de câbles et un cahier à moitié rempli. Sur la dernière page du cahier, on reconnaissait l'écriture d'Inès. C'était une liste écrite pendant une récré : dix choses à faire pendant les grandes vacances. La troisième, c'était « aller jusqu'au pont à vélo ». Aucune n'était cochée.
Camille referma le cahier et le glissa entre les livres, quelque part au milieu. Elle ne voulait pas le jeter. Elle ne voulait pas non plus le regarder. Le milieu, c'était une bonne place, entre les deux envies.
Tout au fond, coincée entre deux livres, elle trouva une carte postale. Elle l'avait achetée sur le ferry, au présentoir tournant à côté du bar. Au recto, une mer bleue et un phare blanc. Au verso, rien du tout, et même les lignes de l'adresse étaient d'un gris pâle.
Elle écrirait à Inès. Elle l'avait promis avant de partir, sur le quai, juste avant que le ferry ne largue les amarres. Ce jour-là, Inès lui avait serré le bras à deux mains. « Toutes les semaines, avait-elle dit. Mais pas sur le téléphone. Quelque chose de vrai, écrit à la main. »
Ce jour-là, Inès avait pleuré. Camille, non. Ni quand on avait détaché les cordages, ni quand elle avait fait au revoir de la main. Plus tard, sur le pont du ferry, quand sa mère était partie chercher du thé, elle avait pleuré sans que personne la voie. Le vent poussait ses larmes de ses joues vers ses oreilles. La carte était dans sa poche à ce moment-là, et c'est pour ça qu'un de ses coins était corné.
Camille posa la carte au coin du bureau. Pile dans le coin, les bords bien alignés sur ceux du bureau.
La chambre sentait encore un peu la peinture. Les murs étaient blancs, trop blancs, comme si personne n'avait jamais vécu là. Dans son ancienne chambre, il y avait un trou de clou dans le mur et une trace de feutre qu'elle avait faite à sept ans. Sa mère avait essayé de l'effacer pendant des années, puis elle avait laissé tomber. Ici, il n'y avait aucune trace de ce genre.
Dans le couloir, sa mère se battait avec les planches d'une bibliothèque. Chaque fois que la clé Allen entrait dans une vis, il y avait un petit grincement. À un moment, elle appela : « Camille, tu peux me tenir cette planche ? »
Camille alla la tenir. Sa mère avait une traînée de poussière sur le front, et une mèche s'était échappée de sa pince. Elles travaillèrent un moment sans parler. En serrant une vis, sa mère la regarda une fois. Elle eut l'air de vouloir dire quelque chose, puis elle y renonça et continua de tourner la clé.
« La fenêtre donne sur la mer, dit-elle enfin. Je ne m'y fais toujours pas.
— Mmh.
— Dans l'ancien appartement, tu voyais le balcon d'en face. Le linge, le moteur de la clim. »
Camille haussa les épaules. Sur le balcon d'en face, un homme fumait une cigarette tous les soirs. Camille ne lui avait jamais fait signe, et lui non plus. Pourtant, elle aimait savoir qu'il était là. Maintenant, devant la fenêtre, il n'y avait que la mer, et la mer n'appartenait à personne.
« Je sais », dit Camille. Sa voix sortit plus dure qu'elle ne l'aurait voulu.
Sa mère ne répondit rien. Elle posa la dernière vis et poussa la bibliothèque contre le mur. Camille réentendit sa propre voix dans sa tête, et ses joues chauffèrent. Elle savait que sa mère non plus n'était pas venue ici par envie. Son travail avait été muté ici, au petit hôpital de la ville. Le soir où elle l'avait appris, Camille s'était enfermée dans sa chambre en claquant la porte.
Elle voulut s'excuser. Quand elle ouvrit la bouche, elle réussit seulement à dire : « Mes vieilles taies d'oreiller, elles sont dans quel carton ?
— Dans le bleu », dit sa mère. Sa voix n'avait pas changé. Elle rangea la clé dans sa poche et partit vers les cartons, à l'autre bout du couloir.
Camille tâta le montant de la bibliothèque. Il était solide, il ne bougeait pas du tout. Sa mère avait toujours été douée pour ce genre de choses.
Elle ouvrit le carton bleu. Les taies étaient tout en haut, et elles gardaient encore l'odeur de lessive de l'ancien appartement. Camille en pressa une contre son visage et resta un instant comme ça. Puis elle l'enfila sur son oreiller et en tira les coins. C'était la seule odeur familière de la chambre, désormais, avec celle de sa propre peau.
La première semaine, Inès avait écrit tous les jours. Le matin arrivait une photo : la grille du collège, le croque-monsieur de la cafétéria, un visage dessiné sur la vitre embuée du bus. À midi, une blague, souvent l'imitation de quelqu'un de la classe. Et le soir, un long message vocal.
Camille avait écouté chaque message vocal deux fois. La première fois, elle écoutait ce que disait Inès. La deuxième, les bruits derrière. Il y avait le couloir du collège, le vacarme de la cantine, le freinage du bus de l'ancien quartier. Une fois, elle avait même reconnu au fond la toux du prof de maths. Elle avait entendu cette toux pendant toute une année, et de l'entendre dans le haut-parleur du téléphone l'avait rendue bizarrement heureuse.
La deuxième semaine, les messages raccourcirent. Les photos arrivaient toujours, mais sans un mot dessous. Les blagues tenaient en une ligne. Les messages vocaux ne dépassaient plus trente secondes, et les bruits de fond s'effaçaient.
Camille fit semblant de ne pas le remarquer. Elle continua d'écrire de longs messages. Elle raconta la boulangerie de la ville, les mouettes, l'odeur de sa chambre. Puis un jour, elle regarda le paragraphe qu'elle avait écrit et vit que la réponse d'Inès était un seul smiley.
La troisième semaine, un soir, Inès écrivit : « je te réponds plus tard ». Elle avait ajouté un petit visage endormi.
Et puis plus rien.
Pendant trois jours, Camille regarda son téléphone le matin, puis encore à midi. Ce soir, au dîner, elle le posa à côté de son assiette, l'écran vers le haut. Sa mère regarda le téléphone, puis Camille, et ne dit rien. Elle poussa juste un peu le saladier vers elle.
Le vide en haut de l'écran lui parut chaque fois un peu plus grand. Il n'y avait pas de notification, mais l'absence de notification, c'était quelque chose aussi. Quelque chose de lourd, comme une pierre qu'on porterait dans sa poche.
Elle a oublié, se demanda-t-elle, ou elle est occupée par des choses nouvelles ? Camille n'arrivait pas à décider ce qui était le pire. Oublier, au moins, c'était un accident. Être occupée, c'était un choix.
Elle déverrouilla le téléphone et fit remonter les anciens messages. Ceux de la première semaine étaient immenses, ils débordaient de l'écran. Plus elle descendait, plus ils raccourcissaient, comme les marches d'un escalier. Tout en bas, en dernier, il y avait le petit visage endormi. Camille verrouilla l'écran et lança le téléphone à l'autre bout du lit.
Le soir, elle s'assit au bureau et tira la carte devant elle. Dans sa trousse, elle choisit son stylo préféré, le noir à pointe fine. Inès et elle avaient acheté le même, à la papeterie, le même jour. Elle le déboucha.
Elle tint le stylo au-dessus de la carte. La pointe s'arrêta à un millimètre du papier.
Elle pensa commencer par « Chère Inès ». C'était trop solennel, on aurait dit une lettre à la mairie. « Salut Inès », pensa-t-elle ensuite. Mais ça ressemblait aux messages qu'elles s'envoyaient tous les jours, et une carte méritait mieux. Une carte demandait un timbre, une boîte aux lettres, un voyage de plusieurs jours. Faire tout ce chemin pour un « salut », ce serait bizarre.
Le plus dur, c'était la suite. Est-ce qu'elle allait écrire qu'elle ne connaissait personne ici ? Que sa chambre était trop blanche ? Qu'Inès ne lui écrivait plus depuis trois jours ? Si elle écrivait tout ça, la carte ressemblerait à une plainte. Si elle n'en écrivait rien, elle ressemblerait à un mensonge.
Et puis il y avait autre chose : une carte, ça voyage lentement. Quoi que Camille écrive ce soir, Inès le lirait une semaine plus tard. Dans une semaine, Camille serait peut-être une autre Camille. Moins seule, peut-être, ou plus seule. La Camille de la carte, elle, resterait telle quelle, la Camille de ce soir.
Camille n'aima pas cette idée. Puis elle l'aima un peu. Un message vieillissait à la seconde où on l'envoyait, un autre arrivait aussitôt par-dessus. Une carte, elle, restait sur la route, et personne ne pouvait y toucher. Camille ne pourrait pas la reprendre, et Inès ne pourrait pas la lire plus tôt.
Elle reboucha le stylo. Puis elle le déboucha. Puis elle le reboucha encore. Chaque fois, le capuchon faisait un petit clic.
Elle regarda encore une fois son téléphone. L'écran était noir. Elle tendit la main, mais ne l'alluma pas.
Elle repoussa la carte dans le coin du bureau, bien alignée. Le phare se dressait au recto, blanc et droit. Le verso était toujours vide. Mais maintenant, ce vide semblait vouloir dire quelque chose, comme une attente.
Camille se leva et alla à la fenêtre. La vitre était fraîche, elle y appuya le front. Son souffle laissa une petite buée sur le verre, qui s'effaça.
En bas, une moto passa, et son bruit monta puis redescendit le long de la côte. Ensuite, il ne resta que le vent. Dans l'ancien appartement, la nuit n'était jamais silencieuse. Les bus, une alarme qui sonnait quelque part, la télé du voisin du dessus. Camille avait appris à dormir avec ces bruits sans même s'en rendre compte. Ici, le silence était si grand que ses oreilles cherchaient quelque chose pour le remplir.
La ville était petite. Une jetée, une boulangerie, une pharmacie, et au bout de la rue une boutique au rideau de fer baissé. Les maisons aux toits rouges s'étageaient sur la colline, et celles du haut voyaient la mer mieux que les autres. Un vent salé avait soufflé toute la journée. Maintenant, il s'était un peu calmé et ne laissait qu'un mince sifflement dans le cadre de la fenêtre.
Dans la journée, elle avait observé les mouettes. Le matin, elles criaient sur les toits, comme si chacune se vantait de s'être réveillée avant les autres. À midi, elles descendaient sur la jetée et tournaient autour des seaux des pêcheurs. Un vieux pêcheur avait secoué la tête en les regardant, mais il avait quand même laissé son seau ouvert. En voyant ça, Camille avait failli rire. Personne ne la regardait, et pourtant elle n'avait pas ri.
À présent, la jetée était vide. Les mâts des bateaux se balançaient doucement. Les cordages grinçaient au-dessus de l'eau, comme une porte au loin.
Sous le réverbère, au début de la jetée, un chat était assis, la queue enroulée autour des pattes. Il regarda l'eau un moment, puis il se leva et s'éloigna tranquillement dans le noir. Camille se demanda où il allait. Dans cette ville, tout le monde avait un endroit où aller, même les chats.
Au bout du cap, le phare s'alluma. Une lumière blanche passa sur la mer et disparut. Camille se mit à compter. Un, deux, trois. À neuf, la lumière revint.
Elle recompta, encore neuf. Le phare avait son propre rythme. Il n'attendait personne, il ne demandait de réponse à personne. Il s'allumait, s'éteignait, puis se rallumait.
Quand Camille eut compté dix fois, elle arrêta. Elle savait maintenant, sans compter, quand la lumière allait revenir. Son corps l'avait appris tout seul.
Elle essaya de se rappeler si le rideau de fer de la boutique, au bout de la rue, s'était levé ce matin. Il lui semblait qu'un bruit en était venu dans la journée, comme du métal qui cogne contre du métal. Elle n'en était pas sûre. Les bruits de la ville ne se distinguaient pas encore les uns des autres, ils formaient un seul bourdonnement : le vent, les mouettes, les moteurs, les vagues.
Sa mère frappa à la porte. Elle tenait deux tasses, et l'une d'elles sentait le tilleul.
« Les cartons de la cuisine, ce sera pour demain, dit-elle. Ce soir, j'ai trouvé les tasses, c'est tout. Les assiettes sont toujours perdues. »
Camille prit la tasse. La chaleur se répandit dans ses paumes. Sa mère s'assit au bord du lit et regarda par la fenêtre, vers le phare. Le phare s'alluma, s'éteignit.
« Neuf secondes, dit Camille.
— Tu as compté, alors.
— Dix fois. »
Sa mère hocha la tête. Elles comptèrent ensemble un moment, pas à voix haute, dans leur tête. Camille vit les lèvres de sa mère bouger à peine. Cette fois, elle rit pour de vrai, un petit rire bref et silencieux. Sa mère rit aussi, mais aucune des deux ne dit pourquoi.
« Tout à l'heure, je t'ai mal parlé, dit Camille. Dans le couloir.
— Je sais, dit sa mère. Et moi, je t'ai amenée ici sans te demander ton avis. »
Camille regarda sa tasse. Une fine vapeur flottait au-dessus du tilleul. En se levant, sa mère lui toucha une fois les cheveux.
« Raconte-moi l'hôpital, dit Camille.
— Il est petit, dit sa mère. Tout le monde se connaît. Aujourd'hui, une infirmière m'a appelée par mon prénom, et moi je ne connaissais pas le sien. » Elle haussa les épaules. « Je l'apprendrai demain. »
Depuis la porte, elle ajouta : « Les taies étaient dans le carton bleu. Tu les as trouvées.
— Je les ai trouvées. »
La porte resta entrouverte. La lumière du couloir traçait une fine ligne sur le sol.
Camille resta un moment assise en tailleur sur son lit. Les bords de la couette neuve étaient raides, comme amidonnés, ils ne s'étaient encore habitués à personne. Elle les lissa de la main. Demain, elle rangerait les livres sur l'étagère, et peut-être le cahier aussi.
Elle finit son tilleul et posa la tasse sur le bureau, à côté de la carte. La carte était là, un coin toujours un peu corné. Demain, elle écrirait peut-être. Ou peut-être pas. Elle n'avait pas besoin de le savoir ce soir.
La lumière du phare traversa encore une fois la fenêtre. Elle laissa une trace pâle sur le mur blanc et repartit. Neuf secondes plus tard, elle revint.
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Ce que ce livre apporte
Cet exemple travaille une seule valeur de développement choisie pour sa tranche d’âge en sept chapitres : d’abord la reconnaissance, puis des exemples concrets, un petit choix, un contretemps et sa réparation, et une fin apaisée. Chaque livre du programme suit la même forme.
Le plan des sept soirs
Chaque chapitre est un soir et s’ouvre à l’heure de la famille ; un soir manqué allonge la semaine, aucun chapitre n’est perdu.
- 1RencontreOn fait connaissance avec le héros et l'idée de la semaine.
- 2Autre facetteL'idée montre une nouvelle facette.
- 3EssaiLe héros essaie l'idée à sa façon.
- 4Deux cheminsUn choix, ou un autre point de vue.
- 5Petit contretempsLe plan ne marche pas ; le prix reste limité et le chapitre se termine en douceur.
- 6RéparerUne solution se trouve ; demander de l'aide en est une aussi.
- 7AncrageL'idée de la semaine trouve sa place.
Sa place dans le programme
Les thèmes du programme 11–12 ans viennent dans un ordre fixe ; ce livre montre à quoi ressemble une semaine de cet ordre. Voyez la vraie première semaine et la séquence sur la page du programme.
Voir le programme 11–12 ansPoursuivre à la maison
Trois questions à poser après le dernier chapitre :
- Qu’est-ce qui a été le plus dur pour le héros ? Qu’aurais-tu fait ?
- T’est-il arrivé quelque chose de semblable aujourd’hui ?
- Trouvons-nous demain un petit moment pour essayer ?
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Les livres sont réécrits chaque semaine autour du prénom, des héros et de l’âge exact de votre enfant, et le programme avance dans l’ordre. Cet exemple ne montre que la forme.
Liste des chapitres et structure
- 01
Chapitre 1
Gratuit — lire - 02
Chapitre 2
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Chapitre 3
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Chapitre 4
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